
POURQUOI L'IDIOTE ?
On aurait pu l’appeler La Candide, La Loufoque, La Dissonante affective. Mais L’Idiote s’est imposée, comme un surnom qu’on ne choisit pas… et qu’on finit par broder au fil d’or sur ses initiales.
Tout est parti d’un soupçon d’insolence cosmique : avoir encore foi en l’élégance du geste, remercier un serveur sans y voir un acte subversif, envoyer une lettre manuscrite sans glisser d’emoji. Et voilà qu’on nous observe avec les yeux mi-clos de ceux qui jugent sans procès : « Tu es vraiment une idiote. »
Le mot a ricoché, s’est planté, puis a germé. Non pas comme une insulte, mais comme un bouton de camélia au milieu du béton.
C’est alors qu’un certain Prince Mychkine s’est invité à la table. Héros dostoïevskien à la bonté inopportune, porteur d’un cœur en porcelaine dans un monde en acier trempé, il ne juge pas, ne ment pas, ne feint rien. On l’appelle idiot, mais à y regarder de près, c’est peut-être le seul personnage lucide dans une farandole de stratèges fêlés.
Il fut l’étincelle.
Et moi, je me suis dit que si l’époque ne savait plus quoi faire des gens loyaux, tendres, inadaptés au cynisme ambiant, alors il fallait leur offrir un lieu. Un salon feutré. Une enclave exquise. Un magazine pour les irréductibles courtois·es, les exalté·es sans fracas, les élégants à contre-emploi.
L'IDIOTE EN CHEFFE


